À la recherche de l’art public montréalais

Ces derniers temps, les secteurs de la construction et de la planification urbaine ont été au cœur de débats houleux. Au cœur de ces enjeux s’en trouve un, peut-être moins scandaleux, qui mérite toutefois une nette attention et que la conception de la place des Festivals a ramené dans  l’actualité : l’art public.

La question de l’art public avait été largement discutée vers 2002-2004, lors du déplacement de l’œuvre La Joute de Jean-Paul Riopelle, extirpée de son lieu d’origine, dans Hochelaga-Maisonneuve pour être relogée (dans une version restaurée et corrigée) dans le nouveau Quartier international. Le groupe sos La Joute (composé d’associations et d’élus d’Hochelaga ainsi que d’artistes et de citoyens) s’était mobilisé afin de contrer la relocalisation. Francine Couture rappelle les enjeux identitaires soulevés par cette controverse : « Le groupe a également doté La Joute d’une signification identitaire en affirmant que la communauté d’Hochelaga-Maisonneuve avait été dépossédée d’une œuvre d’art majeure par l’élite économique qui en avait fait l’icône de son projet[1]. »

On constate par ailleurs que, plutôt que de profiter de la conception de ce nouveau quartier pour doter Montréal d’une nouvelle œuvre publique d’envergure, les promoteurs et la Ville sont allés puiser à même le bassin d’œuvres d’art public déjà existantes. Ce qui nous amène à cet enjeu qui a fait surface ces derniers jours. Stéphane Baillargeon, du Devoir, dans son article « Réinventer la ville – L’œuvre absente » et sous-titrée « Pourquoi Montréal n’a-t-elle pas plus d’œuvres d’art public emblématique ? » (question que l’on pourrait certainement discuter), met en lumière la stérilité montréalaise en matière d’art public depuis quelques années, voire décennies, en prenant comme exemple évocateur la toute jeune place des Festivals qui ne compte toujours pas d’œuvres issues du programme 1 %. Un concours a été lancé, mais est resté sans résultat ; les Montréalais restent, quant à eux, dans l’attente. De son côté, la Ville explique ce délai par son « ambition » d’un projet d’intégration qui nécessiterait un investissement de 2 000 000 $,  plutôt que les 550 000 $ prévus[2]. Ambitions à  constater dans le futur…

Relativement à cette affaire, une autre voix se fait entendre : celle des artistes en arts visuels, visiblement concernés par les lacunes en matière d’art public à Montréal. Ils demandent notamment une révision de la politique du 1 % et s’interrogent sur cette nouvelle pratique (à l’instar de ce qui a été fait dans le cadre des travaux d’aménagement de l’aéroport Pierre-Elliott-Trudeau)  qui consiste à installer des supports numériques favorisant la diffusion d’œuvres plutôt que la création de nouvelles installations. À ce sujet, Christian Bédard, porte-parole du Regroupement des artistes en arts visuels se prononçait ainsi à Isabelle Paré du Devoir : « Nous sommes ouverts aux nouvelles technologies, mais on ne pourra pas remplacer les grandes œuvres d’art public qui résistent au temps et qui resteront au générations futures[3]. » Une initiative intéressante donc, mais qui ne peut se substituer à l’intégration d’œuvres d’art significatives dans le territoire urbain.

Il faut donc se demander quelle place nous voulons accorder à des œuvres inédites d’artistes contemporains qui engagent une vision renouvelée de notre métropole. Par ailleurs, la défense de l’intégration d’œuvres nouvelles ne signifie pas qu’il faille négliger les œuvres déjà existantes ou refuser de saluer l’effort de diffusion d’œuvres par le recours à des installations numériques. Celles-ci ne devraient par contre pas se poser comme remplacement à la création d’installations artistiques, inscrites dans les lieux publics, mais plutôt élargir les possibilités d’accès à l’art dans une ville qui se targue de son statut de capitale culturelle…

En extra : Une suggestion de lecture!!


[1]Stéphane Baillargeon, Réinventer la ville – L’œuvre absente, Le Devoir, 25 novembre 2010.

[2] Francine Couture, « Les déplacements d’œuvres d’art public : enjeux théoriques et culturels » dans Œuvres à la rue : pratiques et discours émergents en art public, dir. Yves Bergeron, Dominic Hardy et Gilles Lapointe, Galerie de l’UQAM, Université du Québec à Montréal – Département d’histoire de l’art, Ville de Montréal, 2010, p. 64

[3] Isabelle Paré, « Les artistes inquiets des manquements à la loi sur le 1 % », Le Devoir, 26 novembre 2010.

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